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22/04/2015 - L'incubatrice dans Causette!

Les stagiaires de l'Incubatrice de Ouarzazate ont été publiées dans Causette, magazine féministe français.
Voici la version intégrale!:

Chère Causette,

Te voici au Maroc. Oui, tu l'as bien entendu! Tu es maintenant expatrié jusqu'à Ouarzazate! Je t'ai emmené dans mes bagages, et attention, pas n'importe où. A la Ligue Démocratique du Droit des Femmes, où je suis en stage jusqu'à fin mai, avec Gabrielle, jeune militante québéquoise. Et quoi d'autre?

Tu as participé, avec nous, à la manifestation contre la montée des extrémistes au pouvoir marocain, marche promouvant l'égalité homme-femme. 80 000 marocain-e-s mobilisé-e-s à Rabat contre les violences faites aux femmes, et aux humains en général. Nous n'avions jamais vu une mobilisation pareille: Un raz-de-marée humain hurlant des slogans avec force. Une impression de partir au combat, et c'est certainement un peu le cas. En bref, nos expériences militantes en France ou au Québec, à côté, c'est un peu du pipi d'chat.

Un bref retour sur la condition des femmes au Maroc:

En 2005, le pays a adopté un nouveau code de la famille dans lequel on remarque plusieurs avancées pour les droits des femmes. Tout d’abord, il abolit l’obéissance dont devait faire preuve la femme mariée à l’égard de son mari et met fin au mariage infantile. Le divorce est dorénavant permis à la demande de l’un des époux (que cela soit la femme ou l’homme) et se trouve davantage encadré par la loi. La polygamie est toujours permise, mais seulement sous autorisation d’un juge. Malgré les bénéfices non négligeables que représentent ces changements juridiques, dans les faits, on est loin de pouvoir dire que la condition actuelle des Marocaines frôle l’égalité hommes/femmes.

Dans la plupart des cas, les hommes sont toujours le principal, sinon l’unique, revenu familial. En cas de difficulté conjugale, il devient très difficile pour les femmes de quitter leur mari, même si les lois le permettent. La société marocaine marginalise encore les femmes divorcées. À cela, vient s’ajouter le fait qu’il demeure difficile pour les femmes de trouver un emploi dont le salaire sera suffisant pour subvenir à leur besoin et éventuellement à ceux de leurs enfants. La situation des mères célibataires au Maroc est particulièrement précaire. L’enfant devient un symbole social de la «faute commise» et subit à son tour de la discrimination. Les pères ne reconnaissent pas souvent leur paternité et les mères se voient dans la plupart des cas également rejetées par leur famille.

L’acte sexuel hors mariage demeure une infraction à la loi coranique, mais aussi au Code pénal. Hey oui, si on n’est pas marié, faire l’amour avec vos copains, c’est criminel! On peut faire quelques mois de prison pour ça. Ça nous donne une idée à quel point la sexualité est un tabou au Maroc! Bien que la pilule contraceptive soit disponible en pharmacie, très peu de filles y ont recours. Les jeunes marocain-es n’ont en général pas accès à une éducation sexuelle et à l’information de qualité sur la contraception… Sans compter qu’une femme célibataire qui souhaiterait en faire usage aura à affronter un interrogatoire serré au sujet de ses motivations. Qu’en est-il de l’avortement au Maroc? Complètement illégal, même en cas de viol ou de danger pour la santé de la femme. Le professeur Chafik Chraïbi, un médecin marocain militant contre l’avortement clandestin a ouvertement pris position en faveur de la légalisation de l’avortement en certaines situations lors d’un reportage de l’émission française «Envoyé Spécial». Suite à cela, il s’est vu interdire le droit de pratiquer!

Mais bref, revenons à notre manifestation. Depuis Ouarzazate, nous avons traversé le pays pour nous y rendre, remplissant quatres bus, essentiellement de femmes, qui en ont raz-le-bol d'être prises pour des quiches.

Beaucoup sont dans des situations financières critiques, et elles sont victimes d'isolement: de part leur statut de mère célibataire ou de femme divorcée, d'autre parce qu'elles se prostituent. Leur mobilisation était complète: elles se sont organisées pour faire garder les enfants, (et croyez-nous, la participation des hommes à ce niveau est bien faible) pour avoir toutes de quoi manger pendant la journée et le long trajet en bus. Même celles qui n'ont pas les moyens, grâce à cette solidarité, ont enfin pu s'accorder le droit de s'exprimer, et cela haut et fort! C'était pour beaucoup d'entre elles leur première manifestation.

Beaucoup d'entre elles viennent régulièrement à l'association, lieu de partage entre femmes.
Cet organisme féministe a pour mission d’offrir soutien et écoute aux femmes de cette région. L’équipe de la Ligue Démocratique du Droit des Femmes leur propose également l’accompagnement dans les démarches légales, administratives ou dans le système de santé.

Un groupe s'est mobilisé autour d'un projet commun: créer une activité d'économie sociale et solidaire. Elles ont convenu, après nombre discussion, de travailler à l'ouverture d'un restaurant qui vise à offrir de nouvelles possibilités de travail aux mères célibataires et divorcées.

Et nous, dans tout cela? Nous participons au projet nommé pour l'instant «L'incubatrice d'économie sociale et solidaire».Ce projet, développé en coopération avec l’organisme français Quartier du Monde, offre un espace où les femmes peuvent ensemble réfléchir et échanger sur leur situation. Dans ce contexte, elles peuvent identifier leurs compétences respectives et se forger un projet collectif générateur de revenus. Sont également mis à la disposition de ces femmes les outils nécessaires à la création de ce type de projet, en faisant un lieu de transmission de savoirs, en terme d'économie, mais aussi de solidarité. Aux rencontres de l’incubatrice, elles peuvent discuter des injustices que revêt à leurs yeux la société marocaine actuelle. Cela peut ainsi devenir un espace où l’on imagine un autre monde possible et où on travaille toutes ensemble à transformer celui dans lequel nous vivons.

Notre force: la mobilisation de ces femmes lors d'ateliers de travail. Deux fois par semaine, nous travaillons avec les femmes à l'autonomisation de leur projet. Pour se faire, nous revenons ensemble sur leur propre autonomie dans leur vie de femmes au Maroc.
Sous forme de théâtre forum et à travers des mises en scène de situations quotidiennes, nous tentons de rendre concret et palpable des concepts qui pour nous, femmes instruites d'occident, paraissent évidents, à des femmes bien souvent analphabètes.
Les concepts travaillés sont "l'égalité des genres", l'autonomisation", "la solidarité", la mise en lumière des différentes "relations de pouvoir" présentes dans leur quotidien, etc...
Nous appliquons des méthodes de travail autour du "leadership", de "l'empowerment" des femmes.

En parallèle à ce travail d'émancipation, les concepts d‘«économie» de «concurrence », de «travail solidaire» sont eux aussi étudiés, et des partenariats sont créés avec la chambre de commerce concernant la transmission de réels savoirs faire en terme d'entreprenariat.

Alors voilà, Causette. Si le coeur t'en dit, tu es évidemment la bienvenue pour écrire un article sur ces supers-femmes et faire parler d'elles.

Nous recherchons des financements pour mener à bien ce projet d'incubatrice, notmment pour aider à la location d'un local, subvenir aux besoins du collectif, etc. Pour se faire, nous allons créer un lien «Kisskiss Bankbank» permettant ainsi aux personnes qui le souhaitent de nous aider dans ce super projet d'anti-quiches. Si tu es d'acc pour partager cela avec nous, çela pourrait être chouette de partager ce lien à tes supers-lectrices.

Nous t'envoyons milles bisous from Marocco, et te disons à bientot!
Léa et Gabrielle

Pour plus de détails sur ce projet, veuillez vous référer au lien suivant: http://www.quartiersdumonde.org/equipe/pagina?id=236


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