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14/12/2016 - Conférence : « La place des femmes dans l’ESS » - Luxembourg

À l’invitation du Ministère du Travail et de l’Économie Sociale et Solidaire du Luxembourg, Quartiers du monde a participé à la conception et à la modération d’une conférence sur la place des femmes dans l’ESS au Luxembourg, en Europe, et plus largement dans le monde.

En effet, L’économie sociale et solidaire est un secteur en expansion dans le monde, avec 761221 coopératives et mutuelles, regroupant 813,5 millions de membres, fournissant 6,9 millions d’emplois (Unrisd, 2014). Au sein de l’Union européenne, 2 millions d’organisations d’économie sociale emploient 11 millions de personnes (6% des travailleurs). Au Luxembourg, ce secteur emploie 8% de l’ensemble des salarié-es, dont 70% de femmes. L’étude WEstart Europe du Lobby Européen des Femmes, s’est en particulier penchée sur les motivations et les parcours des entrepreneures de l’ESS. La conférence marquait la parution de la partie luxembourgeoise de l’étude.

L’Économie Sociale et Solidaire réunit principalement des acteurs du secteur associatif à but non lucratif (71%/Lux 66.45%), même si les mutuelles et coopératives sont aussi très présentes. La grande majorité des emplois sont occupés par des femmes (⅔ environs) et malgré cela elles accèdent moins à des postes à fortes responsabilités et occupent plus d’emplois à temps partiel que les hommes. Si les inégalités salariales sont moins importantes que dans le reste de l’économie, on constate par exemple en France un écart de 13% de rémunération entre hommes et femmes à poste et conditions d’emploi équivalents dans l’ESS. Cet écart se creuse au sein des coopératives (15%) et des mutuelles (25%), alors qu’il a tendance à être plus réduit dans les associations (6%).

À la lumière de ces constats, et parce que l’ESS est censée être porteuse de valeurs de solidarité et de justice sociale, il nous a paru important d’interroger la place des femmes dans ce secteur. L’ESS n’échappe pas à une division sexuelle du travail qui concentre les femmes dans un nombre réduit de famille de métiers, une ségrégation horizontale qui tend à cantonner nombre d’entre elles dans des métiers considérés comme « peu valorisés » car reposant sur des qualités perçues comme « féminines » et « naturelles”, et une ségrégation professionnelle verticale qui freine leur accès aux responsabilités (plafond de verre). Bien qu’un cadre sur deux dans l’ESS en France par exemple soit une femme, elles sont moins payées que leurs homologues hommes, et on retrouve un fonctionnement à deux vitesses parmi les salariées femmes, en particulier lié au secteur de l’aide à la personne.

Quels mécanismes législatifs, quelles politiques publiques, quelles initiatives des acteurs et actrices de l’ESS peuvent être mis en place pour une réelle égalité femme-homme dans le secteur ? Quelles sont les opportunités de formation et d’action pour le renforcement et la promotion des femmes salariées et entrepreneures de l’ESS ?
C’est à ces questions que se sont attelées les interventions suivantes :

• Les femmes dans l’économie sociale et solidaire en Europe : « état des lieux et enjeux » par Natalia Résimont, Chargée de projet, Quartiers du monde

• Présentation des résultats de l’étude WEstart : « L’entrepreneuriat social des femmes-Luxembourg » par Erika Lambert, Consultante, WEstart

• Table de discussion (Modératrice : Natalia Résimont, Chargée de projet, Quartiers du monde)
Nicolas Schmit, Ministre du travail, de l’emploi et de l’économie sociale et solidaire
Olivier Massart, Directeur exécutif, ONG ADA, Appui au Développement Autonome
Emily Usher Shrair, Programme manager, European Women’s Lobby
Vincent Hieff, Attaché, Ministère de l’Économie

• Un film de l’ULESS (Union Luxembourgeoise de l’ESS) présentant 3 portraits d’entrepreneures a été diffusé.

Les échanges ont souligné, en présence et avec la participation de Son Altesse Royale la Grande duchesse, les difficultés spécifiques rencontrées par les femmes dans l’ESS, avec un focus sur les obstacles à la création d’entreprise. Stéréotypes sur la figure de « l’entrepreneur », articulation vie personnelle-vie professionnelle, plus grande difficulté d’accès aux financements que les hommes, et plus encore lorsqu’on est issue de classes populaires… plusieurs facteurs entre en jeu dans les parcours différenciés entre femmes et hommes entrepreneur-es sociaux. La prise de conscience par tous les acteurs de l’ESS, par les décideurs politiques et institutionnels, des inégalités encore persistantes dans l’ESS est une nécessité pour avancer sur ces questions. La recherche est un atout pour identifier les freins et les leviers en la matière. C’est en articulant des dispositions législatives, des dispositifs d’action affirmative pour les femmes, une sensibilisation large et des formations spécifiques que l’ESS répondra concrètement aux exigences de ses valeurs.


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